Au bord de l’étang, les promeneurs sont partis. Quelques canards restent sur l’eau, d’autres ont disparu derrière la végétation. Ont-ils rejoint leur « chambre » pour la nuit ? Les canards peuvent se reposer sur l’eau ou à terre, selon l’espèce et les conditions du lieu. Et leur nuit n’est pas nécessairement une longue période de sommeil.
Pour comprendre où ils dorment, il faut distinguer les oiseaux sauvages, qui choisissent entre plusieurs habitats, et les canards domestiques, dont la sécurité dépend de l’installation que vous leur proposez.
Dans la nature, il n’existe pas un dortoir unique
Un plan d’eau tranquille, une berge protégée ou une zone humide abritée peuvent servir au repos. Le choix dépend notamment des dérangements, de la météo et des possibilités offertes par l’habitat. Dans son dossier sur les canards après la tombée du jour, le biologiste Dale Humburg décrit l’importance de ces conditions pour leurs activités nocturnes.
Il faut donc se méfier des réponses absolues : « tous les canards dorment sur l’eau » ou « ils rentrent forcément sur la rive ». Un endroit utilisé lors d’une soirée calme ne sera pas nécessairement privilégié si le vent se lève ou si les oiseaux sont dérangés.
Depuis un chemin, vous ne voyez d’ailleurs qu’une petite partie de leur environnement. Ne plus apercevoir un canard ne signifie pas qu’il s’est endormi ; il peut simplement avoir changé de zone.
À la nuit tombée, certains poursuivent leur journée
La recherche de nourriture, la toilette et les interactions entre oiseaux peuvent continuer après le coucher du soleil. Les chercheurs Heath Hagy, Bradley Cohen et Douglas Osborne présentent ces comportements dans leur synthèse sur les déplacements nocturnes des canards. Ils soulignent que les habitudes varient entre espèces, mais aussi entre populations d’une même espèce selon les lieux.
Les canards dorment bien, de jour comme de nuit, en alternance avec leurs autres activités. Voir un groupe actif le soir n’a donc rien d’incompatible avec un repos normal. Cela ne permet pas non plus de calculer une durée universelle de sommeil.
On ne peut pas sérieusement résumer leur rythme à « vingt minutes maximum » ou affirmer qu’ils ne dorment jamais vraiment. Ces formules séduisantes effacent la diversité des situations observées.
L’œil ouvert : une vraie particularité, souvent mal racontée
Des travaux sur le canard colvert ont montré un sommeil dans lequel les deux hémisphères cérébraux ne sont pas dans le même état. Ce sommeil unihémisphérique permet de conserver une vigilance visuelle d’un côté. Dans l’étude de Rattenborg et de ses collègues publiée en 1999, les colverts placés en bordure du groupe utilisaient davantage cette forme de sommeil et orientaient préférentiellement l’œil ouvert vers l’extérieur.
Ce résultat ne signifie pas qu’un canard garde toujours un œil ouvert ni qu’il soit dispensé de dormir. Il décrit une capacité d’adaptation face au risque. Et il ne rend pas un oiseau domestique invulnérable aux prédateurs.
Au jardin, prévoyez un véritable abri pour la nuit
Une mare ne constitue pas, à elle seule, une installation nocturne sécurisée. La British Waterfowl Association conseille l’hébergement nocturne des canards domestiques : il réduit le risque de prédation, sans l’éliminer complètement. La fermeture, l’état de la structure et son entretien restent donc importants.
Pour l’intérieur, la RSPCA recommande un logement sec, ventilé et suffisamment spacieux, avec une litière confortable. Les oiseaux doivent pouvoir se déplacer et étendre leurs ailes. Elle recommande également de prévoir de la nourriture et de l’eau dans le logement, en assurant un nettoyage régulier.
Avant la nuit, prenez l’habitude de vérifier :
- que chaque canard est bien présent et peut accéder à l’abri ;
- que les fermetures fonctionnent et que la structure n’a pas été abîmée ;
- que la zone de repos reste sèche, sans accumulation de litière mouillée ;
- que les ressources sont accessibles et que le passage n’est pas bloqué par un autre oiseau.
Un abri utile se pense aussi pour la personne qui le nettoie : une zone inaccessible est plus difficile à surveiller. Gardez la routine assez simple pour pouvoir la répéter chaque soir et la transmettre clairement à quelqu’un pendant vos absences.
Ce que vous pouvez observer sans les déranger
Si la question vous vient lors d’une promenade, restez à distance. Regardez le groupe plutôt que de chercher à tester le sommeil d’un individu : certains oiseaux se reposent tandis que d’autres bougent, puis la scène évolue. Les jumelles donnent une bien meilleure réponse qu’une approche qui les fait repartir.
Chez vous, notez surtout les changements par rapport aux habitudes du groupe. Si un canard reste à l’écart, semble faible ou présente une respiration inhabituelle, ne concluez pas simplement qu’il dort davantage : demandez conseil à un vétérinaire.
La prochaine fois que vous verrez des canards immobiles au crépuscule, vous pourrez donc garder deux idées en tête : ils savent dormir, et leur organisation de la nuit est bien plus souple que la nôtre.
Article réécrit le 29 septembre 2026. Références scientifiques et recommandations d’hébergement accessibles dans les liens du texte.

